Je contacte mes élus
pour les informer
AGIR MAINTENANT ! Alerter vos élus locaux n'a jamais été aussi facile.
Cliquez et rejoignez le mouvement #JSV.
Accueil | Informer sur la vape | Le vrai du faux de la vape | Que dit la science | D’anciennes voix de l’OMS s’élèvent pour défendre la réduction des risques

D’anciennes voix de l’OMS s’élèvent pour défendre la réduction des risques

Dans un article de Nature Health daté du lundi 20 avril 2026, trois anciens membres de l’OMS appellent l’organisation à revoir d’urgence ses positions sur les produits de réduction des risques.

Ils dénoncent les agissements de l’agence, qui a progressivement oublié le vrai combat, brouillant les frontières et les esprits, et allant même jusqu’à renier l’un des premiers piliers de sa Convention-cadre pour la lutte antitabac : la réduction des risques.

“Les produits nicotinés sans fumée peuvent accélérer la fin de l’épidémie de tabagisme”, témoignent ces experts en stratégie de lutte antitabagique. Au regard des preuves, nier une telle évidence, c’est tout simplement compromettre sciemment la santé des populations, alertent-ils.

Derrière le plaidoyer

Robert Beaglehole, Ruth Bonita et Tikki Pang sont tous trois d’anciens hauts responsables de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Médecin, épidémiologiste et professeur émérite en santé des populations à l’Université d’Auckland, Nouvelle-Zélande, Robert Beaglehole a notamment été chargé du département des maladies chroniques et de la promotion de la santé à l’OMS tout au long des années 2000.

Également épidémiologiste et professeur émérite en santé des populations à l’Université d’Auckland, Nouvelle-Zélande, Ruth Bonita a rejoint l’OMS en 1999, en tant que directrice de la surveillance du groupe des maladies non transmissibles (MNT). Elle y est restée jusqu’au milieu des années 2000.

Docteur en immunologie et microbiologie et éminent expert international en sciences biomédicales, Tikki Pang a quant à lui été à la tête du pôle recherche, politique et coopération santé de l’OMS durant plus de 10 ans, jusqu’en 2012.


De par leurs expertises, leurs actions et leurs publications, tous trois ont contribué de façon majeure aux avancées en matière de connaissances, de prévention et de politique de santé mondiale. Depuis leur départ de l’OMS, chacun prend régulièrement la parole pour dénoncer le manque flagrant de rigueur scientifique et de clairvoyance de l’organisation lorsqu’il s’agit de lutte antitabagique.


En 2024 déjà, Robert Beaglehole et Ruth Bonita signaient une tribune dans The Lancet, invitant l’OMS à ne pas oublier son objectif premier, à savoir combattre les effets néfastes du tabagisme sur la santé.

« Il n’y a aucune justification scientifique à la position de l’OMS selon laquelle les cigarettes électroniques et autres nouveaux produits à base de nicotine devraient être traités de la même manière que les produits du tabac », écrivaient-ils alors.

Deux ans plus tard, leur appel n’a pas changé. Mais les preuves, elles, se sont accumulées.

L’OMS dans le déni

Dans leur article du 20 avril 2026, Robert Beaglehole, Ruth Bonita et Tikki Pang dressent un bilan alarmant. D’un côté, le tabagisme continue de tuer plus de sept millions de personnes chaque année. De l’autre, les objectifs internationaux sont loin d’être atteints :

  • La réduction de 30 % de la consommation de tabac d’ici 2025 est hors de portée
  • L’objectif de développement durable visant à diminuer d’un tiers la mortalité prématurée d’ici 2030 progresse trop lentement

Autrement dit, l’OMS fait face à une limite structurelle : les politiques actuelles ne suffisent pas à faire décrocher les personnes fumeuses les plus dépendantes. Notamment celles qui ont déjà tenté d’arrêter à plusieurs reprises sans succès.

Pourtant, loin de faire le constat de ces échecs, l’agence s’engouffre dans une confusion problématique entre nicotine et combustion, déplorent les auteurs. Le problème n’est plus tant la fumée du tabac, mais tout produit nicotiné quel qu’il soit. Quand bien même ce sont les produits combustibles qui causent l’essentiel des maladies liées au tabac, et non la nicotine elle-même.

Surfant sur cette idéologie et véhiculant cette désinformation à tout va, l’OMS en vient à soutenir des politiques profondément délétères pour la santé publique. Oubliant tout, de l’objectif qui l’a vu naître jusqu’au premier principe qui régit sa Convention-cadre de lutte antitabac (CCLAT).

L’OMS doit se réconcilier avec la réduction des risques

Loin de rompre totalement avec les idées de l’OMS, les auteurs proposent plutôt de les compléter, en s’appuyant sur le principe de réduction des risques qui figure d’ailleurs déjà à l’article 1, alinéa d, de la CCLAT, mais reste trop largement négligé en application.

En plus de maintenir les mesures classiques concernant les produits du tabac combustibles (entre autres taxations, interdictions et programmes de prévention et d’accompagnement), ils recommandent de promouvoir l’accès aux alternatives nicotinées sans fumée en adaptant la réglementation à leur niveau de risque réel.

Plusieurs pays illustrent, selon eux, l’efficacité de cette approche :

  • La Suède, qui détient le record du taux de tabagisme le plus bas d’Europe – avec 5 % de fumeurs quotidiens environ – et montre depuis plusieurs années des taux de maladies et de cancer nettement inférieurs à la moyenne européenne. Ce, en grande partie grâce à l’usage du snus (interdit partout ailleurs), des sachets de nicotine et de la vape ;
  • Le Japon, qui a vu ses ventes de cigarettes chuter drastiquement après l’introduction des produits du tabac chauffé ;
  • La Nouvelle-Zélande, qui a vécu une diminution historique du tabagisme après la légalisation et l’encadrement du vapotage en 2018, avec des effets particulièrement marqués dans les populations défavorisées ;
  • Le Royaume-Uni, second pays au monde après les Maldives à avoir voté l’interdiction générationnelle de fumer, tout en misant avec brio sur des programmes de transition vers le vapotage pour les populations fumeuses à risque.

Des exemples déjà bien connus des défenseurs de la réduction des risques et encouragés par les spécialistes en lutte antitabac, comme en témoigne notamment le rapport 2025 du collectif Smoke Free Sweden à ce sujet.

Ce qu’il faut retenir

À travers leur article, Robert Beaglehole, Ruth Bonita et Tikki Pang mettent en lumière un profond décalage entre les preuves et les politiques publiques. En outre, ils rappellent que :

  • Les données scientifiques en faveur des produits de réduction des risques sont disponibles ;
  • Les exemples internationaux prouvant son efficacité sont concrets ;
  • Les outils comme leurs bénéfices/risques sont aujourd’hui bien identifiés.

Ce qui manque désormais, selon eux, ce n’est donc pas la connaissance, mais une réelle volonté politique d’avancer.

Que ce soit lors de ses prises de parole par communiqué ou des réunions de la CCLAT, l’OMS évite soigneusement tout débat autour de la réduction des risques. Or, la question n’est plus de savoir si la réduction des risques a un rôle à jouer — les preuves l’ont déjà établi. La vraie question est de savoir si les décideurs politiques accepteront de suivre ces preuves. Car ne pas le faire a un coût mesurable et non négligeable, qui se compte en millions de vies.

Sources

Beaglehole, R., Bonita, R. & Pang, T. Smoke-free nicotine products can accelerate the end of the smoking epidemic. Nat. Health (2026). https://doi.org/10.1038/s44360-026-00121-1

Beaglehole, R. & Bonita, R. Harnessing tobacco harm reduction. The Lancet (2024). https://doi.org/10.1016/S0140-6736(24)00140-5

0 Partages

NOS ARTICLES SIMILAIRES