La taxation de la vape en France et en Europe est au cœur des débats sur l’avenir de la cigarette électronique.
Alors que les politiques fiscales évoluent pour les produits du tabac, la question d’une éventuelle taxe française sur les e-liquides et les produits du vapotage suscite de nombreuses interrogations chez les vapoteur·euse·s, les fabricant·e·s et les professionnel·le·s du secteur.
Dans cet article, nous faisons le point sur la fiscalité de la e-cigarette en France et en Europe, les différentes approches nationales en matière de taxe sur les e liquides, ainsi que les conséquences possibles de ces mesures pour les consommateur·rices·s et les professionnel·le·s. L’objectif : mieux comprendre les enjeux de la taxation des produits du vapotage et les évolutions réglementaires susceptibles de transformer le secteur.
Taxation de la vape : où en est la réglementation en France ?
Si une taxe spécifique sur les e-liquides de vapotage est envisagée depuis plusieurs années en France, la mesure fiscale n’a encore jamais abouti.
Pour autant, la taxation de la vape continue de faire régulièrement l’objet de débats politiques. Surtout lorsque l’on approche la période de révision du Budget de l’État, à travers le Projet de Loi de Finances (PLF) et le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS).
Comme celui de 2025, le PLF 2026 prévoyait ainsi une accise sur les liquides de cigarette électronique, qu’ils contiennent ou non de la nicotine, avant d’être supprimée.
En 2026, le sujet reste d’actualité avec les discussions autour du Budget 2027.
De manière générale, à la lecture des débats, on observe la même tendance : la France est dans l’attente d’une décision de l’Union européenne.
Et en Europe ?
Au niveau européen, il faut bien distinguer deux choses. Certains États membres ont effectivement choisi de taxer les eliquides. Mais il n’existe pas (encore) de réglementation européenne sur la taxation de la vape.
Le dossier reste néanmoins ouvert sur la table depuis plusieurs années.
En 2020 déjà, le media Rapporteur (anciennement Euractiv) révélait le souhait du Conseil de l’UE de réviser la Tobacco Excise Directive (TED) pour y inclure les produits de vapotage notamment [1]. Cinq ans plus tard, la Commission européenne réitérait une fois encore ce souhait, en dévoilant sa proposition de taxation lors des débats sur le Budget de l’Europe.
Si aucune proposition n’a été adoptée, le Parlement européen ayant rejeté la dernière en date en juin 2026, le dossier n’est pas clos pour autant. De nouvelles discussions sont en préparation.
Ce qui bloque notamment ? Les modalités de taxation de la vape, les effets contre-productifs qu’elle pourrait générer. Et, plus généralement, sa légitimité à exister.
Quel serait l’impact d’une taxation sur le prix des e-liquides ?
Selon les propositions politiques, l’impact fiscal diffère largement. Pour autant, il se voit toujours répercuté sur le coût des liquides, qui voient leur prix augmenter.
La même tendance se répète, dans tous les pays européens taxeurs. Loin de s’arrêter à un seuil fixé, les taxes s’élèvent constamment, année après année.
En Allemagne, par exemple, l’instauration d’un droit d’accise a fait passer le prix d’un flacon d’e-liquide de 10 ml de 5,90 € en 2021 à 9,45 € en moyenne en 2026.
Au Portugal, encore, les taxes sur les e-liquides ont atteint un tel taux qu’elles ont rendu les produits de vapotage aussi chers que les produits de tabac à fumer.
Partout, l’instauration d’une fiscalité sur la vape a fait monter les prix. Mais aussi disparaitre certains produits, devenus trop onéreux. À l’instar des bases PG/VG utilisées par les vapoteuses et vapoteurs pour créer leur propre e liquide à vapoter (en DIY).
Et l’aspect économique et financier est loin d’être la seule limite d’une telle mesure.
Quelles conséquences pour les vapoteuses et vapoteurs ?
Allemagne, Portugal, Italie, Croatie et même au-delà de l’Europe, aux États-Unis… La taxation de la vape montre à chaque fois d’importants effets contre-productifs.
- Le tabagisme augmente à nouveau
- Le marché parallèle fleurit
- Les dangereux contournements s’enchainent
Aux Pays-Bas, une taxe est en préparation alors même que les précédentes mesures d’interdiction des arômes et de la vente en ligne ont mené à une augmentation du tabagisme. Et le phénomène est largement étendu : en 2026, une étude américaine alertait déjà sur la montée du tabagisme passif dans les États taxeurs aux USA.
En Allemagne, on estime désormais à 40 % la proportion de produits de la vape achetés sur le marché noir. En Australie, qui cumule les interdictions, le chiffre est évalué à 80 %.
Autres exemples : au Portugal et en Italie, les achats transfrontaliers ont explosé. Avec des produits non contrôlés sanitairement, et dépassant souvent les taux maximum de nicotine autorisés. La Croatie rencontre déjà le même problème, quelques mois seulement après l’instauration de son accise.
En taxant la vape, les consommatrices et consommateurs ne se retrouvent pas simplement à payer plus cher leurs produits. Beaucoup se remettent à fumer, tandis que les autres vont se fournir au marché noir. En mettant clairement leur vie en danger.
Les addictologues contre la taxe
Même les spécialistes, médecins, addictologues et autres professionnel·le·s de la santé s’élèvent contre cette idée.
Lowenstein, Dautzenberg, Adler, Cutarella, Borgne, Flahault… En France, beaucoup la définissent comme un frein à la lutte antitabagique. Réclamant plus de reconnaissance pour cet outil avéré de réduction des risques.
Et à l’échelle européenne comme mondiale, l’opinion est largement partagée. En septembre 2025, une coalition de 83 expert·e·s mettaient l’Union européenne en garde.
Pour résumer
En France comme en Europe, la taxation de la vape reste un sujet de débat.
Si aucune taxe française ou européenne n’a encore été adoptée, les discussions se poursuivent. Et l’épée de Damoclès est toujours là. Avec tout ce qu’elle implique en matière de santé publique.
Car au-delà de la hausse potentielle du prix des e-liquides, les conséquences d’une telle mesure interrogent. Entre retour au tabagisme et marché noir.
Deux faces d’une même pièce. Aucune bonne à prendre pour avancer dans la lutte antitabagique et accompagner les personnes fumeuses sur le chemin de la réduction des risques et du sevrage.
Sources
[1] Les États membres veulent taxer les e-cigarettes et les produits à base de tabac chauffé, Rapporteur, 27 mai 2020




