Plus que le titre d’un de ces livres, c’est un véritable crédo pour l’éminent professeur Bertrand Dautzenberg, qui revient sur l’importance de prendre plaisir à arrêter de fumer lors de son intervention en live sur Addict’AIDE, aux côtés de Françoise Gaudel (fondatrice de l’association Je Ne Fume Plus (JNFP)) et Muriel Delery, mardi 25 novembre 2025. Et de toutes ces solutions nées pour aider les personnes fumeuses en ce sens justement, entre substitution nicotinique et vapotage.
Ça veut dire quoi, prendre plaisir à arrêter de fumer ?
Prendre plaisir à arrêter de fumer, c’est arriver à stopper la cigarette dans le confort, sans souffrir.
« J’interdis l’effort à mes patients, je les oblige à se faire plaisir et ça marche tellement mieux que de traiter les fumeurs comme des coupables, alors qu’ils sont victimes d’une industrie mortifère […] Le fumeur doit être aidé, doit être compris »
Plus largement, c’est sortir de ce dogme qui responsabilise et culpabilise la personne fumeuse. Ce « Il suffit d’arrêter ! » qui invisibilise les mécanismes de l’addiction à l’œuvre. C’est prôner une approche pragmatique et bienveillante, qui remet le fumeur au centre des préoccupations, des actions d’accompagnement et d’écoute.
« Pour bien traiter la dépendance nicotinique, maintenant j’en suis persuadé, il faut faire les choses à l’envers. Avant, on disait qu’il fallait avant tout que le fumeur soit motivé. Mais ce n’est pas du tout ça. Il faut écouter les fumeurs. Je le vois moi-même depuis des années : j’ai appris mille fois plus de choses en écoutant mes patients que dans les livres de médecine ou recommandations officielles »
Comment faire : le recours aux produits nicotinés sans fumée
Pour arrêter de fumer, et y prendre plaisir, il convient d’abord de distinguer deux choses trop souvent confondues, indique l’ex-pneumologue, aujourd’hui président de Paris Sans Tabac. La fumée et la nicotine.
Si toutes deux se rejoignent dans la cigarette, c’est bien la fumée qui tue – la combustion. Non la nicotine.
« La nicotine est irritante, c’est clair, mais n’est pas très dangereuse en soi. Ce qui la rend dangereuse, c’est son mode d’administration via la cigarette, qui induit des pics nicotiniques violents – c’est ce qui crée la dépendance. Mais ce n’est pas la nicotine qui tue : c’est la fumée et toutes les substances toxiques qu’elle génère »
Autrement dit, lorsqu’on est fumeur et que l’on souhaite arrêter, on peut tout à fait (on doit même) s’appuyer sans risque sur des produits de substitution nicotinique pour nous aider efficacement.
« Dans les produits vendus en pharmacie comme en boutiques de vapotage, la nicotine est issue de champs de tabac, puis purifiée à 99,6 % et strictement contrôlée »
L’intérêt de tels produits ? L’absence de shoots nicotiniques à l’origine de la dépendance. Dans ces derniers, la nicotine est diffusée bien plus lentement, « une caresse plutôt qu’une claque » comme l’image très bien le professeur Bertrand Dautzenberg, ce qui permet de prendre progressivement en charge la dépendance nicotinique. Jusqu’à la faire disparaitre complètement.
La question du dosage en nicotine
Pour ce faire, la question du taux nicotinique est cruciale, rappelle le professeur Dautzenberg. Reprendre le contrôle sur son addiction à la cigarette passe avant tout par un bon apport en nicotine, via les patchs, pastilles, gommes ou encore les e-liquides pour cigarette électronique.
Et ça tombe bien, le corps d’un fumeur sait exactement la dose de nicotine dont il a besoin au quotidien. C’est ce que les tabacologues appellent plus précisément l’autotitration. Soit le fait de tirer de telle ou telle manière sur sa clope pour toujours obtenir la même quantité de nicotine à la journée.
« Le corps sait, c’est un automatisme. C’est viscéral. C’est pour cela que je dis à mes patients de ne pas se soucier de la volonté ou de l’effort. Il s’agit surtout d’écouter ce que le corps a à dire »
De la même manière que reprendre une ou plusieurs cigarettes durant le sevrage ne doit pas être vu comme un échec, réajuster son taux de nicotine ou revoir sa méthode d’administration ne doit pas non plus être vu comme une punition.
Parce que chaque fumeur est différent, chaque sevrage demande du temps, des ajustements différents. Du sur-mesure.
Pourquoi le plaisir à arrêter la cigarette prend tout son sens avec la vape ?
Les sondages sont de plus en plus nombreux à le montrer. Et les études de plus en plus formelles : vapoter est l’un des moyens les plus efficaces pour arrêter de fumer.
En cause notamment : la diversité des arômes disponibles, qui permet à chacun de trouver la ou les saveurs qui le maintiennent loin de la cigarette.
Véritable révolution thérapeutique, le vapotage a ainsi permis nombre d’avancées majeures dans le sevrage tabagique. Notamment avec l’apparition des liquides en sel de nicotine.
« La nicotine traditionnelle irrite d’autant plus la gorge du fait de son PH très alcalin (8). Le sel de nicotine, c’est strictement la même nicotine, mais avec un PH plus proche de celui qu’on retrouve délivré par la nicotine dans une cigarette (à 5,5 environ). Ça gratte moins la gorge et ça permet à certains gros fumeurs qui ne tolèrent pas les hauts taux de nicotine traditionnelle d’avoir un apport nicotinique suffisant, et plus agréable dans l’administration »
En résumé : le plaisir est central pour réussir à arrêter de fumer
Encore aujourd’hui, on pense la place de la motivation (ou volonté) centrale dans la réussite du sevrage tabagique. Mais les professionnels de terrain sont de plus en plus nombreux à réfuter cette idée. Prendre plaisir à arrêter de fumer, voilà ce qui serait plutôt au cœur du succès du sevrage.
Ce plaisir, il vient en arrêtant de se forcer et de se culpabiliser. En écoutant son corps plutôt, en lui donnant ce dont il a besoin pour se sevrer : de la nicotine, sous forme de solutions diverses, toutes sans combustion.
« Soyez bienveillant avec vous-même, aidez-vous de la nicotine pour arrêter de fumer. Que ce soit en patch, en gomme, en pastille, en vape. Peu importe la solution, du moment qu’elle est sans combustion ! »
💬 Retrouvez l’intégralité du live d’Addict’AIDE avec et Françoise Gaudel, Muriel Delery et le Pr. Bertrand Dautzenberg sur la page Facebook de l’association.





