Pour ce 10e congrès E-ADD sur les addictions, mercredi 18 mars 2026, le professeur William Lowenstein a reçu son confrère, le docteur Wajdi Mehtelli, pour parler vape. Et éclaircir certains points.
Arrêtons de diaboliser l’outil
Comme la docteure Marion Adler, invitée de l’édition précédente, le psychiatre, addictologue et clinicien Wajdi Mehtelli a axé son intervention sur les faits scientifiques. Et la nécessité de revenir sur une information plus juste et nuancée concernant la vape.
D’emblée, cet expert rappelle donc les résultats d’une éminente étude britannique, pilotée par Peter Hajek :
« L’usage de la cigarette a été associé à un risque réduit de rechute, sans effet indésirable grave. Sachant aussi que ces effets indésirables étaient sensiblement similaires à ceux des substituts nicotiniques. Je rappelle : ce sont des effets transitoires qui vont s’estomper, comme avec les thérapies de substitution nicotinique »
Pourtant, les messages véhiculés par les médias vont rarement dans ce sens. On l’a très bien vu à travers le rapport 2026 de l’ANSES. Alors même que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail y parle de risques “probables” et “possibles”, soit les plus bas niveaux de preuve, les articles titrant de la dangerosité du vapotage se sont enchaînés.
Pour le docteur Wajdi Mehtelli, il y a donc urgence à rappeler les faits :
« Il n’y a pas de publication ou de données nous parlant d’une toxicité ou d’une dangerosité majeure sur la vape. Le risque lié au tabac lui, est certain. Il n’y a pas de doute, pas d’hésitation »
Avec 68 000 décès par an du tabagisme, et un cancer du poumon en forte augmentation chez les femmes aujourd’hui (quasiment doublé en 20 ans), la priorité ne devrait pas changer.
« Il faudrait que l’on arrête de parler des risques et que l’on parle des bénéfices. Du plaisir qu’il y a à se libérer de l’addiction, à se libérer du tabac. Rendez-vous compte : en France, le coût du tabac s’élève à 150 milliards par an »
Un marché encadré
Au-delà des faits scientifiques, on parle également peu des réglementations qui entourent les cigarettes électroniques en Europe, déplore le spécialiste. Une réalité que JeSuisVapoteur avait déjà mise en lumière en janvier 2024, à travers une conférence citoyenne organisée avec l’Institut Français d’Opinion Publique (IFOP).
Nicotine, arômes, additifs et bases PG/VG… de nombreuses normes existent (notamment celles de l’AFNOR) pour garantir des produits les plus sûrs possibles.
« Une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’il y a des réglementations au niveau français et européen, et ça les gens n’en parlent pas. C’est-à-dire que vapoter dans un pays qui va fabriquer des vapes sans aucune réglementation ce n’est pas la même chose que de vapoter avec des produits en France, normés »
D’où l’importance d’acheter des produits français et homologués pour Wajdi Mehtelli.
Quid de la vape chez les jeunes ?
Difficile, aujourd’hui, de parler vape sans parler du sujet qui anime tous les débats : la vape chez les jeunes.
L’addictologue revient donc sur cette fameuse théorie de l’effet passerelle, qui voudrait que vapoter mènerait la jeunesse à fumer.
« Si c’était une porte d’entrée c’est ce qu’il se passerait, mais ce n’est pas ce que l’on voit : il n’y a pas d’augmentation du tabagisme chez les jeunes, mais une diminution. Par contre, il faut faire attention à certains produits qui ciblent spécifiquement les jeunes et pourraient les faire entrer dans l’addiction »
Comme ses confrères britanniques, Wajdi Mehtelli appelle à l’équilibre : la vape doit rester un outil de sevrage, indique-t-il. Il ne doit pas se retrouver dans les mains de non-fumeurs. Mais sous couvert de protection de la jeunesse, il ne doit pas être discrédité, pénalisé ou déconseillé aux personnes adultes et fumeuses.
Ce qu’il faut retenir du congrès E-ADD 2026 au sujet de la vape
- La vape est un outil de réduction des risques pour arrêter de fumer. Elle se destine uniquement aux personnes fumeuses – et légalement, majeures.
- À l’heure actuelle, les publications et données sur la vape continuent d’attester de sa moindre dangerosité en comparaison au tabac fumé ;
- Les réglementations qui régissent les produits du vapotage en Europe assurent la qualité et la sécurité des consommatrices et consommateurs ;
- Il n’existe pas de preuve d’un effet passerelle de la vape vers la cigarette. Au contraire, grâce au vapotage notamment, le tabagisme des jeunes est en baisse.
En clair, le message clé véhiculé à ce congrès E-ADD 2026 sur la vape est celui-là : on se doit de donner des informations claires aux personnes fumeuses, sur les risques, mais aussi les bénéfices à vapoter.




