En Allemagne, le gouvernement travaille sur un projet d’interdiction de certains arômes frais et menthol. La nouvelle a été confirmée par Alois Rainer lui-même, Ministre fédéral de l’Alimentation et de l’Agriculture, lors d’un entretien accordé à BILD.
Des saveurs accusées de faciliter l’initiation au tabagisme
« La sensation de fraîcheur est censée masquer le goût et facilite ainsi l’initiation au tabagisme », a expliqué le ministre au quotidien allemand BILD [1].
Surfant sur la théorie pourtant infondée de l’effet passerelle, et sous couvert de « protection de la jeunesse », l’Allemagne souhaite ainsi instaurer une interdiction particulière, visant 13 arômes frais et menthol.
Ce premier Flavor Ban devrait prendre forme à travers l’article 13 de la loi sur les produits du tabac. Le gouvernement devrait d’ailleurs pouvoir compter sur le soutien absolu du Bundesrat. Pour rappel, le Conseil Fédéral s’était déjà dit totalement ouvert à une interdiction totale du vapotage en fin d’année 2025.
Pour appuyer l’interdiction du menthol en Allemagne : une étude à charge
Le 23 janvier 2026, le BfR, où l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques, a publié un rapport d’analyse sur 9 ingrédients [2]. Trois problèmes sautent pourtant aux yeux dès la lecture de l’introduction :
« En raison du manque de données sur les effets de ces substances sur la santé lorsqu’elles sont inhalées, le BfR utilise les données d’études publiées sur l’ingestion orale de ces substances chez l’animal (par exemple, le rat ou la souris). Pour certaines substances pour lesquelles aucune donnée n’était disponible, des données d’études portant sur des substances structurellement similaires ont été utilisées »
Autrement dit, et comme le précisent immédiatement les auteurs, leur étude n’est pas véritablement en mesure de déterminer le risque généré par ces substances via les cigarettes électroniques. Ici, on parle d’ingestion non d’inhalation. Qui plus est sur l’animal, non sur l’humain. Et parfois en s’appuyant sur l’analyse de substances structurellement proches, faute de données sur les vraies substances utilisées.
Pourtant, malgré l’absence de preuves concrètes sur leurs effets par inhalation chez l’humain, le BfR conclut tout de même à un risque hépatique et rénal sur le long terme. Quand bien même ce risque concerne avant tout l’ingestion orale de ces substances.
L’argument de l’interdiction du menthol dans les cigarettes de tabac à fumer
Pour boucler la boucle, le gouvernement se permet même un doux sophisme. Parce que le menthol est déjà interdit dans les cigarettes combustibles depuis 2020, il va de soi de l’interdire également dans les cigarettes électroniques.
Encore une fois, on surfe sur l’amalgame. Ce qui est interdit pour le tabagisme devrait l’être pour le vapotage. Niant totalement ce qui distingue fondamentalement ces deux produits.
Pour conclure, l’interdiction des arômes frais et menthol souhaitée par l’Allemagne s’appuie sur trois arguments fallacieux :
- Ce type d’arômes conduit les jeunes vers le tabagisme. Alors même qu’aucune étude probante n’est donnée en exemple. Et qu’on sait la théorie de l’effet passerelle plus proche du mythe que de la réalité.
- Ces arômes peuvent constituer un danger pour la santé. Quand bien même l’étude donnée en exemple repose sur une méthodologie pour le moins bancale. Loin d’attester quoi que ce soit.
- Ces arômes sont déjà interdits dans les cigarettes classiques. Ce qui renvoie à l’idée que vapotage = tabagisme.
Sources
[1] Bundesregierung will Menthol-Vapes verbieten, Lungenärzte atmen auf, Tabaklobby läuft Sturm, BILD, 22.01.2026
[2] e-zigaretten-kuehlstoffe-koennen-gesundheitliche-risiken-bergen-BfR-23-01-2026





