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Interdiction des saveurs, l’exemple canadien

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Les faits :

«  Santé Canada a établi que l’offre d’une gamme d’arômes alléchants pour les produits de vapotage, malgré les restrictions en place, est l’un des principaux facteurs ayant contribué à l’augmentation rapide du vapotage chez les jeunes. Santé Canada est préoccupé par l’exposition des jeunes aux effets néfastes des produits de vapotage, y compris ceux liés à l’exposition à la nicotine, qui peuvent entraîner une dépendance et accroître le risque d’usage du tabac à long terme. »

Cet organisme gouvernemental a donc sollicité l’avis des Canadiens, sur les projets de règlement visant à interdire la plupart des arômes des liquides de vapotage, à l’exception des arômes de tabac ou de menthe. L’objectif de cette consultation étant de recueillir des commentaires sur le projet réglementaire qui vise à restreindre davantage les arômes dans les produits de vapotage.

– Les projets de règlement et de décret prévoient de restreindre davantage la promotion des arômes des produits de vapotage, y compris celle faite au moyen d’une mention ou d’une illustration sur l’emballage, aux arômes de tabac, de menthe, de menthol ou à une combinaison de menthe et menthol (menthe/menthol).
– D’interdire tous les sucres et édulcorants ainsi que la plupart des ingrédients aromatisants, à l’exception d’un nombre limité d’ingrédients pour conférer un arôme de tabac ou de menthe/menthol.
– Et enfin, prescrire des normes applicables aux propriétés sensorielles afin de prévenir toute perception sensorielle autre que celles typiques du tabac ou de la menthe/menthol.

La réponse d’un professionnel de la santé sur l’interdiction des saveurs.

Le Dr Martin Juneau, a répondu à cette consultation, son analyse étant sans appel : « Bannir les saveurs des liquides de vapotage ? Une bien mauvaise idée. »

Voici des extraits choisis de sa réponse à Santé Canada :

Une épidémie de vapotage chez les jeunes Canadiens ?

« Les dernières statistiques montrent qu’en 2019, environ 41 % des 16-19 ans avaient essayé au moins une fois ces produits, comparativement à 29 % en 2017. Par contre, il faut absolument mentionner que ce nombre de vapoteurs est gonflé artificiellement par l’inclusion des jeunes qui ont seulement expérimenté la cigarette électronique à quelques occasions. Lorsqu’on restreint l’analyse à ceux qui utilisent la cigarette électronique au moins 20 fois par mois, les données sont beaucoup moins spectaculaires, avec 5,7 % de vapoteurs réguliers.  De plus, la très grande majorité de ces vapoteurs réguliers sont des fumeurs ou des ex-fumeurs, avec à peine 1 % qui n’ont jamais fumé la cigarette. »

« Au sens strict du terme, il n’y a donc pas d’épidémie de vapotage. »

Le vapotage ne mène pas au tabagisme.

« Il faut tout d’abord souligner que l’hypothèse de l’effet passerelle est tout à fait incompatible avec la situation actuelle du tabagisme juvénile.

Même si la cigarette électronique est disponible depuis plusieurs années, la réalité est que la proportion de jeunes qui fument la cigarette de tabac ne cesse de diminuer année après année.

Autrement dit, l’« épidémie de vapotage » chez les jeunes, tant décriée par les organismes antitabac, n’a pas entrainé une hausse, mais plutôt une diminution marquée du tabagisme juvénile, chose qui serait évidemment impossible si le vapotage amenait les jeunes à fumer la cigarette.

L’affirmation que le vapotage est un tremplin vers le tabac est basée sur une interprétation erronée des études qui se sont penchées sur cette question.

Les études montrent sans équivoque que la très grande majorité des vapoteurs sont des fumeurs ou ex-fumeurs, avec moins de 1 % de vapoteurs réguliers qui n’ont jamais fumé. Ceci suggère que s’il y a un effet passerelle, il est plutôt dans la direction inverse (et positive en termes de réduction des dommages causés par le tabac), c’est-dire de la cigarette vers le vapotage. »

Linterdiction des saveurs pourrait causer une hausse du tabagisme juvénile. 

« Il faut envisager que le bannissement des saveurs puisse avoir des effets contraires à ceux recherchés… Comme le mentionnait récemment Public Health England : « si une approche rend les cigarettes électroniques moins accessibles, moins agréables au goût ou acceptables, plus chères, moins conviviales pour le consommateur ou moins efficaces sur le plan pharmacologique, alors elle cause des dommages en perpétuant le tabagisme ».

Une étude réalisée dans la région de San Francisco, où une interdiction de vente de liquides de vapotage aromatisés est en vigueur depuis 2018, a récemment montré une recrudescence significative du nombre de jeunes ayant fumé la cigarette après l’instauration de cette mesure, alors que la tendance du tabagisme demeure à la baisse dans d’autres régions des États-Unis où ces saveurs n’ont pas été prohibées. »

Les adultes, les grands oubliés du débat actuel sur la cigarette électronique.

« Les enquêtes révèlent qu’au moins 4,3 millions d’Américains, 2,4 millions de Britanniques et 7,5 millions d’Européens ont cessé de fumer grâce à la vape, réduisant du même coup drastiquement leur risque de mourir prématurément. Il n’y a donc aucun doute que la cigarette électronique a fortement contribué à la baisse importante du tabagisme adulte à l’échelle mondiale, qui est passé de 23,5 % en 2007 à 19 % aujourd’hui.

L’interdiction des saveurs pour les liquides de vapotage aurait donc comme conséquence directe d’éliminer le principal attrait qu’offrent les cigarettes électroniques, et donc de diminuer le nombre de fumeurs qui pourraient adopter cette méthode pour rompre leur dépendance à la cigarette. Il s’agit selon nous d’un énorme dommage collatéral du projet de prohibition des saveurs, puisque l’acceptabilité d’un produit de substitution à la cigarette est essentielle pour le sevrage. D’ailleurs, une étude a récemment montré que les fumeurs adultes qui commençaient à vapoter des liquides aromatisés (fruit, sucreries, chocolat., etc.) avaient plus de chance de réussir à cesser de fumer que ceux qui utilisaient les saveurs de tabac.

Le vapotage possède donc plusieurs avantages concurrentiels face au tabac fumé et c’est pour cette raison que cette nouvelle technologie est en train de s’imposer comme un substitut à la cigarette de tabac chez les consommateurs de nicotine.

Les analyses économiques confirment d’ailleurs ce rôle de substitution, puisqu’une hausse de taxe d’un des produits (tabac ou cigarette électronique) entraine une diminution de la consommation du produit taxé au profit de l’autre. Par exemple, une étude a montré qu’une hausse de la taxe imposée sur la cigarette électronique était associée à une réduction du vapotage et à une hausse parallèle de la vente de cigarettes de tabac. »

L’interdiction des saveurs aura un impact négatif.

« L’efficacité de cette mesure pour enrayer le vapotage chez les jeunes est questionnable et il est certain qu’elle aura des impacts négatifs chez les fumeurs adultes en éliminant une alternative au tabac. Il faut mentionner aussi qu’une diminution du nombre d’adultes qui cessent de fumer a un impact négatif sur les jeunes, non seulement parce que le tabagisme des parents est le principal facteur de risque lié à l’initiation du tabagisme chez les enfants et les adolescents, mais aussi en raison des traumatismes psychologiques causés par les maladies et/ou les décès attribuables au tabac des adultes de leur entourage. »

Il serait extrêmement dommage… que les fumeurs adultes qui doivent composer avec une très forte dépendance au tabac soient privés du meilleur outil identifié jusqu’à présent pour cesser de fumer, soit le vapotage de saveurs autre que le tabac. »


Le Dr Martin Juneau : Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

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