Depuis son apparition au milieu des années 2000, la vape s’est vite imposée comme une bonne alternative au tabac combustible, et pourtant, la prohibition a aussitôt suivi. Interdictions d’arômes, limitations drastiques des taux de nicotine, taxes spécifiques, interdictions de vente en ligne, voire bannissement pure et simple… De nombreux pays sont aujourd’hui officiellement hostiles à la cigarette électronique. Cette évolution soulève une question centrale : la logique d’interdiction prime-t-elle sur la réduction des risques ?
Une histoire qui rappelle la prohibition classique
Lorsque l’on évoque la prohibition, on pense immédiatement à l’interdiction de l’alcool aux États-Unis entre 1920 et 1933 sous le 18e amendement. L’objectif était sanitaire et moral ; le résultat fut l’essor du marché noir et du crime organisé.
Dans le domaine de la vape, la dynamique diffère, mais les procédés sont similaires : face à leur méconnaissance des mécanismes de dépendance tabagique et de cet outil, les autorités tombent souvent dans le piège de leurs propres peurs irrationnelles. Et choisissent la restriction forte plutôt que la régulation proportionnée.
Le véritable ennemi est effacé et le problème est retourné. On ne cherche plus à comprendre et à accompagner les personnes fumeuses vers l’arrêt, et donc, à éradiquer le tabagisme. On se focalise entièrement sur l’une de ses solutions, apparemment problématique.
Tout faire pour effacer des distinctions bien réelles
Depuis plusieurs années, un véritable récit mondial s’est installé autour des produits du vapotage, accusés de tromper les populations (et notamment la jeunesse) au travers de packagings et de goûts attrayants.
Surfant sur la logique du principe de précaution, les législateurs en appellent à la prohibition de la vape sous couvert de nombreux faux arguments. On entend ainsi qu’il faut protéger la jeunesse de ce produit (mais pas de la cigarette ?) ; Qu’il n’existe pas de preuves formelles attestant du caractère moins risqué de la e-cigarette ; Comme de son efficacité dans le sevrage ; Ou encore que l’on n’a pas assez de recul sur le produit.
Tout est fait pour initier le doute dans les esprits. La vape serait comparable au tabagisme. Or, à bien y regarder, on s’aperçoit vite de la supercherie.
Problème : les créateurs d’un tel discours ne sont pas n’importe qui. On ne parle pas de complotistes ou de petites associations. Mais bien des plus respectés dans leur domaine, jouissant d’une forte autorité : l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) ou encore Alliance Contre le Tabac (ACT), aka Contre Feu aujourd’hui.
Comment l’OMS nuit à la santé publique par son hostilité à la réduction des méfaits du tabac
C’est dans un article publié sur son blog avec ce titre évocateur ¹ que Clive Bates, ancien directeur de l’association ASH (Action on Smoking and Health) au Royaume Uni, actuellement consultant sur des questions de santé publique, spécialiste incontournable de la cigarette électronique en Europe, démontre avec brio, l’action politique et idéologique menée par l’OMS entre autres pour faire prohiber la vape dans le monde et particulièrement en Europe.
L’auteur examine ainsi dans son texte comment l’OMS et les institutions connexes promeuvent agressivement l’interdiction d’alternatives beaucoup plus sûres aux cigarettes, telles que le vapotage. Soulignant les conséquences, si ce n’est l’intention de protéger le commerce des cigarettes et de prolonger l’épidémie de maladies évitables liées au tabagisme.
Il y écrit notamment (traduit de l’anglais) :
« Considérons le monde naïf des prohibitionnistes : un État tout-puissant interdit un produit, l’application est totale, le produit interdit disparaît et les anciens utilisateurs du produit font quelque chose de vertueux à la place. C’est une réussite totale.
Pourtant, chaque étape de ce raisonnement est fausse. Dans le monde réel, les utilisateurs à qui l’on refuse les produits interdits passent à un autre comportement à risque (peut-être le tabagisme), un marché noir se développe pour ce qui a été interdit, les jeunes utilisateurs s’engagent dans des entreprises criminelles, et les consommateurs et les producteurs trouvent des solutions de rechange (DIY) qui sont souvent plus risquées que les produits interdits. L’adoption d’une loi d’interdiction… peut dissuader certains utilisateurs mais en inciter d’autres. En criminalisant l’offre, elle peut accroître l’exposition à d’autres biens et services illicites et financer une criminalité plus profonde »
Comme il le montre, non seulement cette approche prohibitionniste est contre-productive – comme l’ont prouvé de nombreux États qui l’ont mise en application ² – mais elle est aussi d’une profonde malhonnêteté. D’un côté, l’OMS et bien d’autres militent pour l’interdiction de produits avérés beaucoup plus sûrs que la cigarette et les produits du tabac fumé. De l’autre, ils laissent ces mêmes dangereux produits disponibles et facilement accessibles.
Un véritable paradoxe de santé publique
Fondée sur une logique de protection sanitaire des populations, l’OMS déroge aujourd’hui à toutes ses règles premières lorsqu’il est question de la vape. Elle nie les faits scientifiques ; Accuse les chercheuses et chercheurs indépendants de liens d’intérêts inexistants avec l’industrie du tabac ; Lance des accusations sans preuves ; Voire les modifient, les détournent à la seule fin de prouver ses postulats de base ³.
Comme le résume très bien M. Bates :
« L’objectif de la CCLAT (Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac) est de réduire les dommages. Elle ne devrait pas être détournée de cet objectif essentiel. Pourtant, ces objectifs sont devenus des objectifs de convenance pour de nombreux militants de la lutte antitabac qui prônent uniquement l’abstinence. La conséquence inévitable est l’augmentation des dommages »
Au lieu de protéger les populations du fléau sanitaire qu’est le tabagisme, l’OMS se concentre sur le vapotage, qui n’a fait aucun mort ou malade en plus de 15 ans d’existence et de recherches scientifiques.
Résultat : privés de cette solution dans de nombreux pays, les vapoteuses et vapoteurs se tournent vers le marché noir ou la confection maison, d’après des produits non prévus à cet effet.
Addictologues et experts·es sont ainsi de plus en plus nombreux·ses à dénoncer ses agissements, qui mettent en péril le sevrage et la vie des fumeuses et fumeurs du monde. Chaque jour, ils et elles déconstruisent les idées reçues qui persistent et militent pour la mise en place d’une véritable stratégie de lutte antitabagique, à travers la réduction des risques.
Pourquoi faire le choix de la réduction des risques
Loin d’une logique d’interdictions drastiques et d’abstinence, la réduction des risques replace la personne fumeuse au centre de l’action. On ne part plus d’un idéal, mais d’une réalité : arrêter de fumer ne repose pas sur la seule motivation. Les mécanismes qui sous-tende la réussite de l’arrêt sont complexes et demandent le plus d’outils possibles pour accompagner la personne efficacement et durablement.
En ce sens, la cigarette électronique représente une véritable révolution thérapeutique, pour reprendre les propos du Pr. William Lowenstein et de la Dre Marion Adler lors du congrès E-ADD 2025 sur les addictions. En cela qu’elle conserve la gestuelle, la fumée simulée, mais supprime le cœur du danger : la fumée.
Vapoter n’est pas sans risque, mais est infiniment moins risqué que de fumer : 95 % de risques en moins d’après les consensus établis par la Science. S’il reste des inconnues, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) le rappelle très bien dans son rapport 2026 : jamais la vape n’atteindra les niveaux de dangerosité d’un produit du tabac à fumer.
Pourtant, même aux plus hautes instances de l’Europe, des Commissaires européens se permettent encore de nier ces faits. Réclamant plus de taxes, plus d’interdictions, plus de prohibition encore pour la vape.
Conclusion : prohibition ou régulation ?
À la prohibition, bon nombre de voix s’élèvent donc de nos jours pour soutenir le choix de la juste régulation. Qui va de pair avec une stratégie officielle et reconnue de réduction des risques. Celle qui permettra d’empêcher de jeunes non-fumeurs de devenir vapoteurs (bien qu’il s’agisse avant tout aujourd’hui de jeunes déjà fumeurs) tout en conservant cette alternative efficace et moins nocive qui a déjà permis à des millions d’adultes fumeurs de s’éloigner des dangers de la combustion.
Il semble que l’avenir de la vape dépendra de la capacité des décideurs à trouver un équilibre entre encadrement rigoureux et totalitarisme idéologique et sanitaire, afin d’éviter que la lutte contre le tabagisme ne se transforme en une lutte contre un risque potentiel – et jugé infime à l’heure actuelle – et ne crée des effets secondaires plus difficiles encore à maîtriser.
Sources
¹ Prohibitionists at work: how the WHO damages public health through hostility to tobacco harm reduction, The Counterfactual, Clive Bates, 7 novembre 2021
→ Sa version PDF : article-prohibition-clive-bates-counterfactual-nov-2021
² On pense notamment à la Nouvelle-Zélande qui, après avoir interdit le vapotage et tiré les leçons de ses conséquences, a totalement changé son fusil d’épaule. Et obtenu les meilleurs résultats en matière de baisse du tabagisme, en comparaison à sa voisine, l’Australie, qui a continué sur sa lancée prohibitionniste.
³ L’OMS s’était ainsi appuyée sur de nombreuses publications erronées, démontrant l’existence d’un effet passerelle de la vape vers le tabac, avant qu’un collectif de chercheurs français, dirigé par le professeur Bertrand Dautzenberg, ne les réfutent toutes en octobre 2023.





