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Outils alternatifs nicotinés : La fin du tabagisme ?

Outils alternatifs nicotinés La fin du tabagisme

Comment la consommation de tabac évolue-t-elle dans les pays où les outils alternatifs nicotinés, tels que la vape, sont encouragés ? Et à contrario, qu’en est-il, là où la cigarette électronique et ses acolytes sont méconnus, voire interdits ? Ce sont les questions que s’est posé le Docteur Karl Fagerstrom.

Le contexte

Dans le Harm Reduction Journal, réputé pour publier des recherches visant à réduire les effets néfastes des comportements, des lois et des règlements sur les individus, le Docteur Karl Fagerstrom s’est interrogé sur l’impact que les outils alternatifs nicotinés pouvaient avoir sur la consommation de tabac.

Son constat de départ : le nombre total de fumeurs a à peine baissé au cours des trois dernières décennies et, dans la grande majorité des pays, la lutte antitabac ne fonctionne pas. Si certains gouvernements commencent à prendre conscience que les approches actuelles de leur plan antitabac sont insuffisantes, trop peu adoptent pour autant des stratégies efficaces. Rares exceptions, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, qui encouragent explicitement le vapotage.

L’étude des faits

Le Docteur Karl Fagerstrom a recueilli les données de grandes enquêtes nationales utilisées pour signaler la prévalence du tabagisme à l’OMS. Cela lui a permis d’examiner la place du tabagisme dans les pays où la consommation de produits alternatifs nicotinés est relativement élevée. Entre autres, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et le Japon. Puis ils ont comparé ces données à celles des pays voisins où les alternatives au tabac sont moins répandues. Soit, entre autres, les 27 pays qui composent l’Union européenne ou encore l’Australie.

Outils alternatifs nicotinés, les résultats 

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : en 2020, la vape au Royaume-Uni concerne 6,4% des plus de 16 ans, contre 2% dans l’Union Européenne. Résultat, c’est au Royaume-Uni que la consommation de tabac a diminué le plus rapidement ces dernières années.

En Nouvelle-Zélande, la consommation de tabac a, elle aussi, baissé plus vite que chez sa voisine, l’Australie. Pourtant, les deux pays ont des mesures similaires de lutte antitabac (taxes d’accise élevées, emballage neutre, interdiction d’étalage dans les points de vente). Seule différence stratégique : le gouvernement néo-zélandais encourage activement le vapotage.

 Vous connaissez le Snus ?

Le Snus est une poudre de tabac humide qui se place entre la gencive et la lèvre supérieure pendant une durée de quelques minutes à une heure. Principalement consommé en Suède, Finlande, Estonie, Norvège, Maroc, Tunisie et Algérie, le Snus est interdit dans un grand nombre de pays, comme le Royaume-Uni, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Il est intéressant de noter qu’en Suède et en Norvège, il y a eu une réelle transition du tabagisme vers le snus. Les deux pays sont ainsi loin devant leurs voisins, le Danemark et la Finlande, en termes d’objectif de société sans tabac. L’utilisation quotidienne de snus en Suède a été estimée à 13% en 2021 contre 15% en Norvège, loin devant le Danemark et la Finlande où ces produits sont interdits.

Il semble également que le Japon connaisse une hausse de consommation de produits du tabac chauffés (HTP) depuis 2015. Ce que les scientifiques associent à un tabagisme moindre dans ce pays, qu’en Australie notamment. Et ce malgré une politique australienne de lutte antitabac beaucoup plus stricte.

Le bien-fondé de la vape et autres produits alternatifs : un débat sans fin

Il semble donc bien qu’il n’y ait pas de doute : les produits alternatifs à base de nicotine contribuent à réduire la consommation de tabac. De même, plus l’adoption de ces produits est rapide, plus le tabagisme réduit rapidement.  En tous cas, plus rapidement qu’avec les mesures traditionnelles de lutte antitabac, axées uniquement sur la prévention et le sevrage.

Pourtant, les discussions à propos de la réduction des risques des produits alternatifs à base de nicotine se poursuit, inlassablement. La Food & Drug Administration (FDA) aux États-Unis a beau avoir examiné des produits des trois catégories (snus, HTP et cigarettes électroniques) et les avoir tous jugés « appropriés pour la protection de la santé publique », rien n’y fait.

Et, pour ce scientifique, les choses sont claires : “Il est pratiquement certain qu’aucun de ces produits n’est proche du tabagisme en termes de dommages”.

Les jeunes et les produits nicotinés

Lorsque le Docteur Karl Fagerstrom note que la baisse du tabagisme s’accompagne d’une utilisation accrue du snus ou de la cigarette électronique, cela concerne aussi évidemment les jeunes. Deborah Hart, Directrice d’Action on Smoking and Health New Zealand, se veut rassurante : « Il s’agit de la plus forte baisse des taux de tabagisme chez les jeunes en une décennie, et il est extrêmement encourageant de voir les jeunes mener les progrès vers un Aotearoa sans fumée ».

D’après Karl Fagerstrom, la réalité est que les adolescents continueront probablement à adopter des comportements à risque. C’est le propre même de l’adolescence… Mais, une fois le tabac éliminé, ces risques seront moindres. Pour preuves, environ 19,6% des élèves de 12e année aux États-Unis, âgés de 17 à 19 ans, ont vapoté de la nicotine au cours des 30 derniers jours en 2021, 19,5% ont consommé de la marijuana, 25,8% ont bu de l’alcool et 15,5% ont déclaré avoir été ivres au moins une fois au cours du dernier mois… Une approche plus pragmatique, consistant à s’assurer que, face aux comportements des adolescents, les risques seraient minimisés, ne serait-elle pas en effet la meilleure solution ?

Et demain ?

Si les tendances actuelles persistent, il est probable que les pays ayant atteint un très faible niveau de tabagisme chez les adolescents et les jeunes adultes, verront pratiquement disparaître la cigarette dans une ou deux générations.

Néanmoins, même dans ces pays, il y a encore du travail à faire. Le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, cités en exemple pour promouvoir le vapotage dans le cadre du sevrage tabagique et la réduction des méfaits, sont bien plus récalcitrants dès lors qu’il s’agit d’autres alternatives. De la même façon, si les HTP sont autorisés au Japon, les vapoteuses nicotinés sont interdites à la vente en dehors d’un cadre médical. Quant au snus, il est interdit à peu près partout, à l’exception de la Suède et de la Norvège. Enfin, les sachets de nicotine, la plus récente alternative à faible risque à la cigarette, se trouvent la plupart du temps dans un vide réglementaire.

 Les propositions du Docteur Karl Fagerstrom sur les outils alternatifs nicotinés

Le Docteur Karl Fagerstrom encourage la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à proposer des moyens efficaces pour réduire les méfaits causés par le tabac. Et par “moyens efficaces”, il entend la promotion des produits alternatifs nicotinés et peu nocifs.

En effet, c’est bien le rôle de l’OMS de montrer la voie en proposant des actions audacieuses pour éradiquer le tabagisme. Mais, au lieu de cela, l’OMS s’appuie uniquement sur le traité CCLAT et les mesures MPOWER, qui n’ont apporté aucun progrès.

Pour le Docteur Karl Fagerstrom, la situation ne peut plus durer : “Ce qui est clair, c’est que le statu quo actuel est inacceptable.” D’autant que les mesures contre le tabac, combinées à la mise en valeur de la vape et des autres alternatives, accélérerait l’objectif d’éradiquer la cigarette pour de bon. Dans la pratique, cela signifie mettre en œuvre des réglementations et des taxes beaucoup plus strictes sur les produits brûlés et intensifier les programmes de prévention et de sevrage. Mais aussi donner aux produits moins dangereux des avantages réglementaires et fiscaux significatifs par rapport aux cigarettes.

En somme, plus les politiques mettront en lumière la vape et les autres alternatives nicotinées, plus le nombre de fumeurs baissera. Une étude pleine d’espoir : oui, nous avons à notre disposition la possibilité d’enrayer le tabagisme… Encore faudrait-il que les politiques en prennent rapidement conscience !

Mis à jour le 21.06.2024
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