L’étude publiée le 3 juin 2026 par le bureau australien de la statistique est formelle : actuellement, en Australie, 80 % de la nicotine consommée proviendrait du marché noir. De quoi réinterroger l’efficacité de la politique antitabac australienne. D’autant que la consommation de nicotine aurait augmenté de 40 % en huit ans…
Une réalité faussée
Bon nombre de spécialistes alertaient déjà. Entre les données officielles relevées par le gouvernement et les observations de terrain subsistait un profond décalage. D’un côté, on parlait d’une diminution drastique de la vente de produits du tabac et de la nicotine, interprétée comme un succès dans la lutte antitabagique et antinicotine. De l’autre, d’une montée fracassante du marché noir.
En avril 2025, le criminologue James Martin, de l’Université de Melbourne, témoignait ainsi à l’Agence France Presse (AFP) du « problème de criminalité majeur » auquel devait désormais faire face le pays. Problème directement dû selon lui aux différentes mesures prises par le gouvernement – entre taxation et restrictions d’accès aux alternatives sans combustion :
« Si nous continuons à rendre la nicotine plus difficile à obtenir, les gens continueront de se tourner vers le marché noir »
L’Australie en a désormais la confirmation.
La nicotine, produit phare du marché noir en Australie
Afin de comprendre plus précisément l’impact du marché illicite sur ces questions, l’Australian Bureau of Statistics (ABS) s’est emparé du sujet mi-2025. En résulte un rapport détaillé, soutenu par une méthode expérimentale innovante, par analyse des eaux usées, qui a permis de mieux cerner l’ampleur des dégâts.
Deux éléments essentiels ressortent de ce rapport :
- Les sources illicites représenteraient désormais 80 % de la consommation totale de nicotine ;
- Depuis 2017, la quantité totale de nicotine consommée aurait augmenté de près de 40 %.
Pour le bureau australien de la statistique, il est clair qu’il s’est opéré un grave basculement des modes de consommation ces dernières années :
« Alors que la consommation des ménages en produits du tabac légaux continue de diminuer, le basculement vers des produits du tabac illicites a plus que compensé ces baisses, entraînant une hausse de la consommation globale de produits du tabac », peut-on lire, graphiques à l’appui.


Urgence à agir
La politique antitabagique australienne montre ici ses limites.
Comme le relèvent les auteur·rice·s du rapport, tandis que les prix des cigarettes légales ont presque triplé depuis 2016, ceux pratiqués par le marché noir sont restés relativement stables. Incitant de fait bon nombre de consommateur·rices·s à bouleverser leurs habitudes d’achat.
À cela s’ajoute l’entêtement du gouvernement à ne pas vouloir soutenir officiellement les produits de réduction des risques, à l’instar des produits de vapotage.
Comme l’a pointé le docteur Colin Mendelsohn dans son étude comparative datée du 9 février 2025, la Nouvelle-Zélande, elle, avance. Car si elle pratique une politique de taxation similaire à l’Australie, elle s’appuie parallèlement sur la vape pour détourner les personnes fumeuses de la combustion. Et ça marche.
« La solution n’est pas d’interdire le vapotage ou d’essayer de la confiner dans l’obscurité. Il s’agit de le réguler de manière judicieuse, en encourageant les fumeurs à la transition, tout en mettant en œuvre des mesures de protection raisonnables pour protéger les jeunes »
En traitant la cigarette électronique comme une égale à la cigarette, voilà ce que l’Australie a obtenu : plus de marché noir et plus de tabagisme encore. Y compris chez les jeunes.
Sources
australian-national-accounts-national-income-expenditure-and-product, Australian Bureau of Statistics, 3/06/2026
household-consumption-of-illicit-tobacco-and-nicotine-products, Australian Bureau of Statistics, 3/06/2026




